
Messe de Minuit
M-A Charpentier (1643-1704)
Messe de Minuit H 9
Noëls sur les instruments H 534
Dialogus inter angelos et pastores H 420
Dixit Dominus H 202
O créateur H 531
Ensemble Marguerite Louise,
direction Gaétan Jarry
Caroline ARNAUD, Dessus
Romain CHAMPION, Haute-contre
Mathias VIDAL, Taille
David WITCZAK, Basse

Le Label discographique Château de Versailles Spectacles, couronné « Label de l’Année » aux prestigieux International Classical Music Awards en 2022, enrichit une nouvelle fois sa collection avec une publication aussi somptueuse que sa demeure d’origine. Ce disque, capté en décembre 2024 dans l’écrin sacré de la Chapelle Royale, nous offre un voyage au cœur des Noëls baroques de Marc-Antoine Charpentier, sous la direction inspirée du jeune chef Gaétan Jarry depuis le grand orgue historique de la Chapelle Royale – et à la tête de son Ensemble Marguerite Louise.
Un programme au cœur de la tradition festive
Charpentier, dont le génie fut parfois éclipsé par l’omniprésence de Lully à la cour, excellait dans l’art de mêler le sacré et le populaire. Le programme de cet album en est la parfaite illustration, construit comme une grandiose célébration de la Nativité. Il s’ouvre avec la célèbre Messe de minuit pour Noël H.9, chef-d’œuvre dans lequel le compositeur tresse avec une science harmonique prodigieuse des mélodies de noëls traditionnels (« Joseph est bien marié », « Une jeune pucelle ») dans la trame liturgique. Cet équilibre entre ferveur simple et sophistication contrapuntique définit l’esprit de l’ensemble. La messe est précédée et entrecoupée des délicats Noëls sur les instruments H.534, et le programme culmine avec deux œuvres contrastées : le dramatique Dialogus inter angelos et pastores H.420, petite « histoire sacrée » narrant l’annonce aux bergers, et le solennel Dixit Dominus H.202, psaume concertant d’une grande vitalité.
L’esprit et la lettre : une interprétation qui respire
La grande force de cette réalisation réside dans l’alliance parfaite entre une pensée musicale claire et un élan vivant. Gaétan Jarry, à la tête de l’Ensemble Marguerite Louise (qu’il a fondé), confirme ici tout le talent déjà salué dans ses précédents enregistrements pour le label, tel David et Jonathas, où il faisait preuve d’une direction déjà fervente. Diriger depuis l’orgue, pratique historiquement informée, lui permet d’être au cœur du continuo et d’impulser un tempo et une respiration d’une grande souplesse. L’orchestre et le chœur répondent avec une précision et une énergie remarquables, dans une parfaite synchronisation avec le jeune maestro.
Une distribution parfaite
La qualité des quatre solistes, tous rodés au répertoire baroque français, est un autre point d’excellence. La soprano Caroline Arnaud, dont la justesse et l’expressivité avaient déjà touché dans le rôle de Jonathas, apporte ici une pureté et une grâce idéales. Le haute-contre Romain Champion et la taille Mathias Vidal (omniprésent et apprécié sur la scène versaillaise) font preuve d’une agilité et d’une clarté d’élocution exemplaires. Enfin, la basse David Witczak, régulièrement acclamé pour ses portraits vocaux à la fois puissants et nuancés, apporte une autorité et une profondeur sonore essentielles. L’équilibre entre les soli, les duos et les interventions chorales est constamment maîtrisé, servant autant l’intimité du Dialogus que la splendeur du Dixit Dominus.
L’enregistrement dans la Chapelle Royale n’est pas un simple argument marketing. L’acoustique singulière du lieu, à la fois claire et ample, enveloppe les voix et les instruments d’une résonance qui semble venir du fond des âges. Elle contribue à la solennité joyeuse qui se dégage de l’ensemble, rappelant que cette musique fut conçue pour de tels espaces. La prise de son, d’une grande transparence, capture avec justesse cette ambiance unique. Un CD à mettre d’urgence sous le sapin !
ClassiqueNews2 - décembre 2025, Emmanuel Andrieu
L’ensemble Marguerite Louise fête Noël avec Charpentier
Après un disque consacré à la Missa Assumpta est Maria en début d'année, l'ensemble dirigé par Gaétan Jarry poursuit son voyage dans l'œuvre de Marc-Antoine Charpentier avec un programme qui célèbre la Nativité.
Décidément, la Messe de minuit de Charpentier a le vent en poupe à l'approche des fêtes de Noël : après le récent enregistrement de Christophe Rousset avec le Monteverdi Choir, voici la version de l'ensemble Marguerite Louise emmené par l'organiste Gaétan Jarry. Dans cette messe composée à partir des thèmes de Noëls populaires, Charpentier réalise une parfaite synthèse du profane et du religieux, dans la tradition de la messe parodie du siècle précédent. Certaines sections restent libres de tout thème, comme le sublime « Et incarnatus est » du Credo. Quelques Noëls sur les instruments viennent judicieusement ponctuer les versets du Kyrie composés sur les mêmes thèmes, et font aussi office d'offertoire. En guise de sortie, Gaétan Jarry joue magistralement sur le grand orgue de la Chapelle Royale un Noël de Lebègue en forme de dialogue sur les grands-jeux. Pour compléter le programme, on entendra un des six Dixit Dominus composés par Charpentier, introduit par un ample prélude instrumental en trois parties. Enfin, le motet Dialogus inter Angelos et Pastores in Nativitatem Domini décrit l'attente de la venue du Sauveur, théâtralisé comme dans un oratorio romain.
Dès le premier Kyrie de la Messe, le tempo choisi par Gaétan Jarry est joyeux et enlevé. S'en suit une belle alternance entre mouvements gais et passages plus introspectifs, tout en contrastes. Le « Et homo factus est » du Credo est un grand moment de recueillement, enrichi de longs silences du plus bel effet. On peut noter le choix, dans le Gloria et le Credo, d'accompagner le plain-chant introductif par le serpent. En milieu de programme, le Noël populaire « Chantons je vous prie » est un sommet de douceur élégiaque, avec son introduction aux flûtes suivie par les voix de dessus a capella, en alternance avec les couplets chantés par la soprano Caroline Arnaud. Une véritable pépite. Le dialogue entre les anges et les bergers offre de magnifiques contrastes, dans une illustration très théâtrale du texte. Un superbe intermède instrumental intitulé Nuit fait planer flûtes et cordes en sourdine dans un passage aux harmonies tendues, avant l'explosion du Réveil des bergers terrifiés.
Les tempi des Noëls aux instruments sont dans l'ensemble très enlevés, de véritables danses. Par contraste, « Or nous dites Marie » est très élargi, et offre au premier violon de Fiona-Emilie Poupard et à l'orgue de continuo de Loris Barrucand l'occasion d'improviser des diminutions très inspirées. L'orchestre et le chœur sont ici réunis en grand effectif, pour des effets de contraste saisissants. La dynamique et la précision de la direction sont admirables. Seule réserve au milieu de toutes ces qualités : les voix solistes masculines sont trop lyriques, particulièrement la basse David Witczak dans le Dixit Dominus. Mais la soprano Caroline Arnaud a une projection parfaite, et son dialogue avec le chœur féminin dans « Chantons je vous prie » est un sommet d'expressivité. La qualité des chœurs et de l'orchestre fait de cet enregistrement une référence.
www.resmusica.com - 24 décembre 2025, Cécile Glaenzer
NATIVITÉ
Gaétan Jarry invite toute une crèche populaire dans la Messe où Charpentier célèbre la Nativité, pas seulement par les interpolations de Noëls sur les instruments dont se régalait aussi Christophe Rousset (voir ici), mais dans les couleurs et les intentions même : ce Noël-là est si peu versaillais qu’on peine à l’imaginer dans la Chapelle Royale !
Mais comme il est savoureux avec ses timbres si vifs, ses voix si diseuses, tout un univers à la fois festif et tendre qui emplit aussi le beau Dialogue entre les Anges et les Bergers – merveilleuse Nuit, élégance touchante de l’adresse de l’ange aux bergers, tout un univers qui se pare d’éclairages à la bougie.
Ce voyage en Nativité va jusqu’aux splendeurs si nobles du Dixit Dominus, manière de quitter les tendresses populaires pour s’élever vers une spiritualité plus abstraite, conclusion d’un disque magnifique.
Artamag - 23 janvier 2026, Jean-Charles Hoffelé
5 diapasons
À Versailles, Gaétan Jarry avive la palette et creuse les contrastes. (…) Très vif, (Offertoire H 531b), l’orchestre offre des sonorités typées qui ne se limitent pas à la joliesse. Le Prélude solennel du Dixit Dominus H 202 lui permet de déployer ses charmes en majesté, tandis que les solistes masculins sont flattées par le registre noble. (…) Ce programme bien rythmé où se rencontrent savant et populaire (savoureux Noëls sur les instruments) apporte une nouvelle configuration des affinités de Marguerite Louise avec le répertoire baroque sacré français
Diapason - Décembre 2025, Jean-Christophe Pucek